Les sciences appliquées des classes de fin d’études, en rose et bleu.

Numéro de décembre 2017

Images, vignettes, illustrations… des manuels scolaires des années 1950.

Ce texte examine les illustrations des manuels de l’enseignement de sciences appliquées, différencié selon les garçons et les filles, en tant que vecteur de normalisation des pratiques et des rôles sociaux. Il met en évidence le décor des actes des femmes et des hommes contribuant à la construction des identités sexuées par l’école. L’initiation silencieuse à la préparation de la vie ouvre une discussion sur la culture matérielle associée et le genre des objets et des choses.

1. Introduction

Pour saisir la construction des identités sexuées, Rogers (2007) mentionne l’intérêt d’un croisement des travaux d’histoire sociale, d’histoire du genre et d’histoire des enseignements. En ce sens, l’histoire de l’enseignement ménager dévoile ce qu’elle désigne par le « sexe de certains savoirs scolaires ». En effet, l’analyse du texte des manuels révèle une distinction des sciences et techniques au masculin et au féminin (Lebeaume, 2014), par exemple les leçons sur l’eau proposant 1) des notions de sciences (le corps simple, sa composition chimique, sa distillation, ses états…) puis leurs applications (l’utilité de l’eau pour le corps et la cuisson des aliments, la lessive et le détachage) ou bien 2) des notions pratiques (l’eau de lavage et les principes généraux et les spécificités du lavage du plancher, des boiseries et des vitres, le blanchissage du linge, le repassage et l’empesage, les détachages de toutes sortes, le lavage de la vaisselle et le nettoyage des lieux d’aisance). À propos des manuels scolaires, Brayet (2010) attire l’attention sur les images et illustrations en tant que modalité d’apprivoisement de la ménagère à la façon des histoires illustrées édifiantes qui modèlent les rôles sociaux. Dans cette perspective, ce texte vise à examiner ces images en tant que vecteur de normalisation des pratiques et des rôles féminins et masculins. Cette recherche s’intéresse aux sciences appliquées des classes de fin d’études dont la particularité est d’être un enseignement différencié selon les garçons et les filles et selon les classes rurales et urbaines (instructions de 1938, 1941, 1944, 1947 et 1953 : cf. annexe).

 

2. La construction des identités sexuées par l’école

En France, les discriminations dont les femmes font l’objet deviennent une préoccupation politique avec la création en 1974[1] d’un secrétariat d’État à la Condition féminine chargé notamment de favoriser l'accès des femmes aux différents niveaux de responsabilité dans la société française. Ce nouvel esprit qu’accompagne aussi la première Journée internationale de la femme célébrée par l’Organisation des Nations Unies, lors de l’année internationale de la femme, en 1975 – soit trente ans après le droit de vote acquis et l’équité présumée admise – permet la lutte contre les stéréotypes et les préjugés sexistes afin de mettre en évidence le processus d’inculcation tacite de la « domestication » des femmes selon l’expression de Boltanski (1969). À la suite de travaux pionniers (Chombart de Lauwe, 1965 ; Decroux-Masson, 1979 ; Mollo, 1969), plusieurs études des manuels scolaires sont alors menées, révélant la représentation dominante des femmes au foyer. Lignon, Porhel et Rakoto-Raharimanana (2012) rappellent le tarissement des productions et initiatives à partir du milieu des années 1980 « sous le poids d’un conservatisme ambiant venu d’Angleterre et des États-Unis et de la fin des grandes espérances sociétales » (p. 4), puis leur relance à la veille des années 2000 (Rignault & Richert, 1997).

 

Le milieu des années 1970 initie ainsi une rupture dans les normes de genre qui tend à substituer un nouveau modèle de la femme à celui de la femme au foyer et à projeter un nouveau rapport entre hommes et femmes. La prégnance de tels stéréotypes s’explique par son profond enracinement historique et les successifs enjeux de « l’importance de bien élever les filles » selon les termes du titre du premier chapitre du traité de Fénelon. L’histoire de l’éducation et de la formation des filles révèle la force des rapports sociaux ainsi diffusés et transmis comme le montre Clark (1984) dans le chapitre conclusif de son examen minutieux des contenus et des images des manuels scolaires. Les analyses historiques s’accordent pour montrer l’émergence, au cours du 19e siècle, du rôle et du destin des femmes associées à l’enfant et à la famille. Mayeur (1981) indique en ce sens que l’éducation des filles longtemps fondée sur la ségrégation en raison de leur infériorité présumée, change au cours du 19e siècle grâce à l’hypothèse de la différence. Au tournant des 19e et 20e siècles, c’est-à-dire à la période de l’éducation socio-politique d’État identifiée par C. et F. Lelièvre (1991), l’école contribue alors à une répartition des rôles sociaux des hommes de l’extérieur et des femmes d’intérieur, à la fois épouse, mère, éducatrice, auxiliaire du médecin… maîtresse de maison et ouvrière, employée ou fermière. L’histoire des femmes dont Thébaud (2002) précise le renouvellement des approches contemporaines croise l’évolution conjointe des rapports femmes-hommes dans l’histoire du travail des femmes. Battagliola (2004) met en évidence la construction sociale de la position dominée des femmes dès le début de l’industrialisation. La fin du 19e siècle maintient ainsi le travail féminin dans une position subalterne que n’efface pas la Première Guerre avec d’abord, leurs emplois les moins qualifiés dans les usines au temps du front, puis les exigences natalistes et hygiénistes associées au bouleversement démographique. L’essor du secteur tertiaire de l’entre-deux-guerres correspond, dans le même esprit, à la dévolution de fonctions auxiliaires et au développement de métiers dits féminins que la crise économique maintient au second plan. Pour Battagliola, le travail des femmes et l’emploi féminin s’adossent à la mobilité sociale ascendante des hommes et constituent une variable d’ajustement accréditée par les politiques publiques tout au long du 20e siècle. À cet égard, Duchen (1995) montre le maintien de cette idéologie à la Libération, contre la déclaration faite en 1945 qu’une « nouvelle femme » allait surgir de la Seconde Guerre.

 

Ainsi, tout laisse penser que la période 1940-1960 maintient les rôles assignés aux hommes et aux femmes, d’autant que l’obligation de l’enseignement ménager pour les jeunes filles de 14 à 17 ans est renouvelée dès 1938 dans l’enseignement agricole et en 1942 pour tous les autres enseignements scolaires et postscolaires. Les nombreux manuels d’économie domestique, d’enseignement ménager ou d’éducation ménagère participent à l’intériorisation du rôle attribué et dévolu aux femmes, inspirent leur conduite normée et fixent leur mode et leur rythme de vie. Mais quelles sont les figures privilégiées pour les occupations des filles et des garçons ? Si les travaux disponibles indiquent bien la permanence des discours dans les textes des manuels scolaires, comment cette norme de genre est-elle représentée dans l’iconographie des manuels spécifiquement dédiés aux unes et aux autres ? Il s’agit ainsi non pas de caractériser l’image des femmes mais d’identifier les images réciproques des femmes et des hommes afin de situer le double stéréotype du masculin et du féminin et les valeurs reproduites par les manuels scolaires. Comme l’indique Choppin (1992), les valeurs partagées sont implicites et les manuels transmettent les stéréotypes et ces allants de soi, par le texte, le paratexte mais aussi l’iconographie favorisant une imprégnation au fil des pages qui font l’éloge des façons de faire et des manières de penser et de s’exprimer.  

 

3. Une enquête historique centrée sur les sciences appliquées

Parmi les enseignements scolaires définis explicitement d’une façon contrastée pour les filles et les garçons, les sciences appliquées bien que connexes aux travaux manuels s’en distinguent car il s’agit d’un enseignement exclusif pour la seule fin de la scolarité obligatoire (12-14 ans). Ces sciences appliquées constituent donc un enseignement scolaire particulièrement propice pour l’investigation comparée des contenus à enseigner et des valeurs implicitement incluses.

 

3.1. Les sciences appliquées des classes de fin d’étude

La classe de fin d’études primaires, initialement classe de scolarité prolongée, expérimentée dès 1936[2], réunit les enfants âgés de treize à quatorze ans qui vont quitter définitivement l’école. Les instructions de 1938 précisent l’ambition de cette classe terminale de rapprocher l’école de la vie :

Tous les sujets de lecture, de rédaction, de dictée, de calcul, de sciences, de travaux pratiques seront uniquement des sujets posés par les choses de la vie courante, dans la famille et dans la société, à la campagne et aux champs, à la ville et à l'usine. (Arrêté du 23 février 1938, p. 11).

 

Le qualificatif « appliquées » des sciences (à raison de 3h hebdomadaires sur 30h) indique cette visée de « culture pratique [qui] prend une couleur différente selon les milieux, rural ou urbain, industriel et agricole, et même selon les régions » (Bibliothèque Pédagogique EDSCO, 1948, p. 40). Dans cette perspective, les instructions proposent aux maîtres de composer un programme selon les nécessités locales et selon leurs propres moyens, en puisant dans les trois séries de leçons. La première série comprend 1) des outils de l’artisan ; 2) l’installation de la maison ; 3) la force motrice et 4) l’hygiène. La deuxième série rassemble des sujets ruraux : 1) le sol ; 2) la plante ; 3) les différentes cultures de la région ; 4) les arbres du verger et de la forêt, la vigne ; 5) les animaux de la ferme ; 6) la ferme ; 7) gestion de la ferme et 8) travaux pratiques. La troisième série relève de l’éducation ménagère avec 1) cuisine ; 2) le ménage ; 3) entretien des vêtements ; 4) hygiène et 5) notions de puériculture. Ce programme organise l’enseignement pour les écoles urbaines de garçons (série 1), les écoles rurales de garçons (série 2) et pour les écoles de filles (série 3).

 

La loi de l’État français du 15 août 1941 (cf. Heurdier & Prost, 2014, p. 128) organise ces classes dans l’enseignement primaire alors structuré en deux cycles dont le second est sanctionné par le certificat d’études primaires. Les programmes du 16 août 1941 reprennent les grandes lignes de cet enseignement scientifique pratique dont l’esprit est particulièrement marqué par l’idéologie du gouvernement de Vichy valorisant le développement des Français ruraux aux rôles et responsabilités genrés. Les programmes de sciences appliquées (cf. Jolly, 1942, pp. 39-43) pour les écoles de filles et de garçons, urbaines et rurales, sont très légèrement modifiés. Pour les filles : cuisine, ménage, vêtements, hygiène, puériculture, le jardin potager et le petit élevage ; pour les garçons, selon leur milieu de vie, installation de la ferme, agriculture et horticulture, météorologie, gestion de la ferme, hygiène, ou bien installation de la maison, outils de l’artisan, cultures et travaux du jardin et petit élevage, enfin hygiène.

 

À la Libération, ces textes sont abrogés et l’arrêté du 24 juillet 1947[3] fixe les horaires et programmes de la classe de fin d’études des écoles primaires élémentaires pour les élèves de 12 à 14 ans (cf. annexe). Les éléments de sciences appliquées et les travaux pratiques et dessin partagent un volume horaire de 6h hebdomadaires (sur 30h). Les programmes de sciences appliquées maintiennent la distinction des milieux rural et urbain et des écoles de filles et de garçons. Ils sont structurés en deux grands domaines : 1) l’homme dans son milieu, indifférencié selon les écoles, et 2) les activités humaines, particularisées malgré des thématiques générales[4].

 

Les nouveaux textes officiels de 1953 ne concernent que les classes rurales. L’enjeu majeur de ces textes pour les garçons et les filles est de lutter contre « la dangereuse désaffection » vers les professions agricoles. Il est aussi de conforter les connaissances scientifiques de base et la formation de l’esprit scientifique susceptibles d’être reprises et prolongées dans l’enseignement postscolaire. La tendance générale de l’évolution des programmes est de définir progressivement un enseignement scientifique, formateur de l’esprit et de rejeter les parties jugées techniques vers les formations suivantes.

 

3.2. Les sciences appliquées en images

Au cours de l’installation des classes de fin d’études, les manuels de sciences appliquées ajustent leurs contenus aux modifications des textes réglementaires. Les grands éditeurs (Bourrelier, Hachette, Hatier, Istra, Nathan…) publient des collections d’ouvrages pour les publics distincts jusqu’à la fin des années 1960 avec l’extinction progressive de ces classes et la suppression du certificat d’études primaires demeurant ouvert aux seuls adultes en 1972. Ces manuels gardent la trace des évolutions politiques en particulier de la période de Vichy avec les titres, par exemple de la collection Magnard Terre de France dont le sous-titre précise agriculture et sciences appliquées pour les écoles rurales, La vie pratique et travaux manuels sciences appliquées pour les écoles urbaines, ainsi que L’école du bonheur, enseignement ménager total pour les filles.

 

Foulon-Leblanc Mme. (1944). L’école du bonheur. Paris : Magnard. 380 p.

Braconnier Raymond & Theobald N. (1941). La terre de France, Agriculture. Paris : Magnard. 318 p.

Braconnier Raymond & Theobald N.  (1943). La vie pratique, travaux manuels. Paris : Magnard. 299 p

Millet M. & Rossignol R. (1960, 1961). Mon livret de sciences appliquées. Tours : Barcla.

Figure 1 : Couvertures de manuels

 

Ces manuels témoignent également des évolutions des techniques d’impression précisées par Choppin (1992), d’abord exclusivement en noir et blanc, puis en quadrichromie. Ils sont également marqués par des compositions de plus en plus attractives avec notamment la présentation de leçons en doubles pages largement illustrées en remplacement de textes d’exposés accompagnés de vignettes ou bien de planches colorisées.

 

 

Foulon-Lefranc Mme. (1944). L’école du bonheur, pp. 78-79.

Id. p. 209

 

Orieux et al. (1959). Filles É. rurales, pp. 98-99.

Orieux et al. (1958). Filles É. urbaines, pp. 98-99.

Orieux et al. (1959). Garçons É. rurales, pp. 100-101.

Figure 2 : Évolution de la composition des pages

 

Ces évolutions de l’édition des manuels scolaires modifient ainsi d’une façon très nette l’équilibre des surfaces de textes et d’images qui tend à 50 % dans les ouvrages les plus récents.

 

Pour l’analyse des manuels, Choppin précise la typologie de l’illustration en se référant à l’échelle d’iconicité décroissante proposée par Moles qui classe les images selon leur degré de réalisme. Trois principaux types d’images sont ainsi suggérés par Richaudeau (1979, cité par Chopin, p. 158) : les photographies, les dessins et les schémas. Pour ces derniers, Adam (1999) distingue, selon les paramètres de figurativité et de textualité, les schémas textuels et narratifs avec beaucoup de textes et les schémas symboliques et figuratifs avec peu de texte et une iconicité faible ou forte. Concernant le domaine technique, les représentations distinguent les vues en perspective, en éclaté, les coupes et sections, les vues d’ensemble ainsi que les graphismes séquentiels qui précisent l’ordonnancement des procédures, des actions ou des gestes. La nature des illustrations doit néanmoins être complétée par l’identification de la fonction de l’iconographie. Les fonctions énumérées par Choppin (motivation, décoration, information, réflexion et exemple) ne retiennent pas la fonction d’explication et de modélisation particulièrement présente dans les documents scientifiques et techniques.

Lignon, Porhel et Rakoto-Raharimanana (2013) proposent une grille d’analyse des images des manuels qui croise pour chaque illustration abordée les sexes représentés sur l’image, les sphères d’activités au sein desquelles ils figurent, la présence ou non de stéréotypes. Ce repérage permet une analyse quantitative complétée par une analyse qualitative de chaque image qui explicite les motifs de son classement en stéréotypée, non stéréotypée ou contre stéréotypée.

 

Une première consultation des manuels de sciences appliquées permet d’engager une méthodologie moins sophistiquée en raison du très faible nombre d’images avec des personnages. Ainsi la grille d’analyse repère le nombre d’illustrations, décrit chacune d’entre elles et identifie sa fonction.

 

Référence du manuel scolaire : auteur(s), année, titre, ville, éditeur

Catégories d’illustration

Fonction

Exemple

Légende de l’illustration

Autres exemples

Objets, images de détail

Désignation des choses

La batterie de cuisine

Vignettes descriptives de systèmes de ventilation

Tire-lait, courbe de croissance

Scène de vie

Repérage des situations

À l’étalage, les produits sont à la poussière

Vue d’ensemble,

agencement de la cuisine

Scène de marché

Document Référence au monde technique, scientifique et industriel

Ouverture

Les centres textiles en France

Carte de France des régions productrices lignite, houille, bois, tourbe de chauffage

Pose d'un pipe-line

Expérience; montage expérimental (tube à essais…); vue de microscope

Argumentation scientifique

Chauffons du blanc d’oeuf

Montage avec pile: le court-circuit fait rougir le fil

Dissolution du savon dans l'eau calcaire ou non

Schéma, dessins, images séquentielles d'un geste

Explication

Stérilisation du lait

Four électrique ouvert, section d'une bouilloire électrique

Section d'une lessiveuse (sans explication du thermosiphon); section d'une machine à laver

Image avec personnage(s)

Conseil pratique ; allégorie…

Allaitement maternel

4 vignettes, ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire; ménagère au travail

Photographie d’un couple d’agriculteurs souriants

Tableau 1 : Grille d’analyse des manuels (la leçon et la page sont référencées pour chaque illustration)

 

Au plan méthodologique, l’enquête historique et l’analyse comparée sont ainsi conduites en examinant cinq collections de manuels (Hachette Chabanas, puis Orieux, Nathan, Istra, Bourrelier) dédiés aux publics scolaires des écoles de filles et de celles de garçons sur la période de 1940-1960, c’est-à-dire celle de l’essor de l’enseignement ménager et du développement de l’enseignement postscolaire, notamment féminin, en préfiguration du système éducatif unifié. Les données sont recensées en identifiant toutes les illustrations (vignettes, dessins, schémas, images, photographies…) et en les caractérisant selon le tableau 1 (scènes de vie, opérations techniques, gestes, objets, légendes…).

 

4. Le décor des actes des femmes et des hommes

La comparaison des manuels scolaires met en évidence principalement le décor des actes des femmes et des hommes. Ces ouvrages généralement très épais et conçus comme des bréviaires pratiques pour la vie et dont sont absentes des images contre stéréotypées, confortent donc les normes de genre en vigueur. Ces normes sont nettement illustrées par les couvertures qui assignent des milieux de vie aux jeunes gens et jeunes filles des villes et des campagnes.

 

1943

1949

1949

1949

Chabanas, Alfred & C. & Augustin Mme (1943). Programmes du 16 août 1941. Paris : Hachette. 430 p.

 

Chabanas, Alfred & C. & Augustin Mme. (1949). Programmes de 1947. Paris : Hachette. 575 p.

 

Chabanas, Alfred & C. (1949). Écoles urbaines de garçons. Programmes de 1947. Paris : Hachette. 575 p.

 

Chabanas, Alfred & C. & Renoult R. (1949). Écoles rurales de garçons. Programmes de 1947. Paris : Hachette. 704 p.

1958

1959

1959

1959

Orieux, Marcel ; Everaede, Marcel & Briand, Mlle J. (1958). Écoles urbaines de filles. Paris : Hachette. 206 p.

Orieux, Marcel ; Everaede, Marcel ; Braillon, Henri & Briand, Mlle J. (1959). Écoles rurales de filles. Paris : Hachette. 238 p.

Orieux, Marcel & Everaede, Marcel (1959). Écoles urbaines de garçons. Paris : Hachette. 222 p.

Orieux, Marcel & Everaede, Marcel (1959). Écoles rurales de garçons. Paris : Hachette. 222 p.

Figure 3 : Couvertures des collections Hachette (1940-1960)

 

Les vignettes qui évoquent des situations professionnelles sont de la même teneur, comme dans la collection Istra dont chaque leçon s’ouvre par un dessin.

 

Tardieu et al. (1943). Garçons urbaines, p. 120.

Tardieu et al. (1943). Garçons urbaines, p. 115.

Tardieu et al. (1943). Garçons urbaines, p. 108.

Tardieu et al. (1943). Garçons rurales, p. 108.

Tardieu, Paul-Émile ; Dumesnil, Georges & Haumesser, Jean. (1943). Sciences appliquées. Classes du 2e cycle des écoles primaires. Écoles de garçons, édition urbaine. Paris : Istra.

Figure 4 : Pages illustrées de la collection Istra (1943)

 

Cette assignation des rôles n’a pas en revanche d’impact sur les illustrations du contenu diffusé. Du point de vue quantitatif, les dessins descriptifs sont les plus nombreux avec la fonction principale de désigner les objets, les ingrédients, les animaux, les plantes… par le mot juste. Chacun des manuels présente alors le catalogue de l’appareillage adapté pour les situations de vie domestique pour les jeunes filles ou de vie professionnelle pour les jeunes gens.

 

La deuxième catégorie des illustrations relève des explications d’ordre scientifique ou technique. Les unes sont des dessins d’expériences, des vues de microscopes, des montages… qui argumentent les fondements scientifiques des pratiques ainsi raisonnées. D’autres sont généralement des vues en section ou des dessins en perspective qui permettent de comprendre le fonctionnement du siphon, du fer à repasser électrique, d’un autoclave…

 

 

 

Chabanas A. & C. & Augustin Mme. (1943). Écoles de filles.

Figure 5 : Illustrations de manuels pour les écoles de filles

 

Chabanas A. & C. & Augustin Mme. (1943). Écoles de filles. p. 380.

Tardieu et al. (1943). Garçons É. urbaines. p. 156.

Figure 6 : Pour les filles ou les garçons

 

La comparaison des illustrations permet de mettre en évidence, sans réelle surprise, la priorité dans les manuels pour les filles, des images valorisant « les joies de la famille font le vrai bonheur » et pour les garçons les machines industrielles et leur fonctionnement. Si les objets et les mécanismes sont présentés de la même façon pour les garçons et les filles, la distinction est faite sur les interventions proposées dans les travaux pratiques. Ainsi, les normes genrées sont en correspondance avec les territoires définis par les prescriptions, essentiellement de la partie des programmes les activités humaines distincte de la partie commune. Dans le modèle de la famille traditionnelle, ces territoires correspondent en partie aux « devoirs » attribués aux femmes, énumérés par Laslett (1978) : collaborer aux entreprises du ménage, acquérir et préparer la nourriture (achat au marché, jardinage, élevage et basse-cour), faire des enfants, élever les petits. Simultanément, les occupations masculines qui excluent les activités ménagères concernent les travaux de la ferme, ceux d’entretien courant de la maison et les outils usuels de l’artisanat.

 

Orieux et al. (1959). Garçons. É. rurales.

 

 

Orieux et al. (1958, 1959). Filles É. urbaines, rurales.

 

Figure 7 : Les gestes masculins ou féminins illustrés (années 1960)

 

5. Des univers distincts en clichés

La distinction des territoires d’action s’opère dans l’enseignement des sciences appliquées pour le cycle terminal de l’école primaire et donc de la fin de la scolarité, par la détermination de l’instrumentation de ces espaces et des principes scientifiques qui permettent de les conquérir avec raison mais aussi dignité. Une des rares images mixtes stéréotypées le montre avec le repassage de la jeune fille et la réparation de la prise électrique par le jeune homme (figure 8). De même, la couverture d’un seul ouvrage présente une image contre stéréotypée (figure 9).

 

Si les manuels en tant que prescriptions secondaires fixent par les textes et les images les normes de genre, la transmission de ces rôles est sans doute assurée plus fondamentalement par les institutrices et instituteurs qui représentent ces missions et ces valeurs grâce à leur accompagnement verbal, leur exemplarité et leurs façons d’être. Les manuels sont ainsi des supports de diffusion des dispositions implicitement attendues par la scolarisation et en partie validées par les épreuves du certificat d’études. Ces instruments du curriculum caché sont toutefois des produits commerciaux dont les contraintes économiques de production supposent l’optimisation des crédits d’illustration. À cet égard, les pages communes au sein des manuels d’une même collection tendent à renforcer le découpage et le maintien des deux territoires d’action. L’analyse des manuels de sciences appliquées sur la période 1940-1960 révèle également des images communes à tous les ouvrages : section du siphon, dessin microscopique des microbes, gestes de soin de la future mère ou de bricolage du futur mari, description des engins, outils ou appareillage (batterie de cuisine, voiture, tracteur…) de l’un et de l’autre. Ces objets et leur technicité participent ainsi à la préparation à la vie et à la culture matérielle associée. L’investigation de cette initiation silencieuse prolonge alors la discussion engagée par les travaux concernant le genre des objets (Anstett & Célard, 2012) et l’engendrement des choses (Chabaud-Rychter & Gardey, 2002).

 

Orieux et al. (1958). Écoles urbaines filles. p. 121.

Orieux et al. (1959). Écoles rurales de garçons. Couverture

Figure 8 : Image mixte stéréotypée

Figure 9 : Image contre-stéréotypée

 

 
 
 

Annexe : Programmes de sciences appliquées

 

Première série de leçons

Deuxième série de leçons

Troisième série de leçons

Les outils de l’artisan

L’installation de la maison

Force motrice

Hygiène

Le sol

La plante

Les différentes cultures de la région

Les arbres du verger et de la forêt ; la vigne

Les animaux de la ferme

La ferme

Gestion de la ferme

Exercices pratiques

Cuisine

Le ménage

Entretien des vêtements

Coupe, couture, raccommodage, dentelle et broderie, lingerie

Hygiène

Notions de puériculture

Arrêté du 23 février 1938

Cf. Plan d’études et programmes des écoles primaires élémentaires. Paris : Vuibert. 1938.

 

Écoles de garçons urbaines

Écoles de garçons rurales

Écoles de filles

L’installation de la maison

Les outils de l’artisan

Force motrice

Les cultures et les travaux du jardin ; le petit élevage

Hygiène

 

L’installation de la ferme

Agriculture et horticulture

Nuages, brouillard, pluie ; rosée, gelée blanche, neige, grésil verglas ; grêle, vents locaux

Gestion de la ferme

Hygiène

Cuisine

Ménage

Vêtements

Hygiène

Puériculture

Le jardin potager et d’ornement. Le petit élevage

Arrêté du 16 août 1941 (supprimé à la Libération)

 

Première série de leçons

Deuxième série de leçons

Troisième série de leçons

Les outils de l’artisan

L’installation de la maison

Force motrice

Hygiène

Le sol

La plante

Les différentes cultures de la région

Les arbres du verger et de la forêt ; la vigne

Les animaux de la ferme

La ferme

Vinification

Le lait

Le blé

L’éléctricité à la ferme

Météorologie élémentaire

Gestion de la ferme

Exercices pratiques

Observations en classes-promenades

Opérations manuelles

Essais comparatifs au champ d’experiences

Cuisine

Chauffage

L’alimentation

Pratique de la cuisine

Conserves alimentaires

Le ménage

Entretien des vêtements

Coupe, couture, raccommodage, dentelle et broderie, lingerie

Hygiène

Pratiques hygiéniques

Maladies contagieuses

Soins à donner aux malades

Régimes alimentaires

Tuberculose

Pharmacie domestique

Notions de puériculture

Circulaire du 12 octobre 1944 : BOEN n° 4, 1944, p. 206-219, Enseignement du premier degré.

 

L’homme dans son milieu

Les activités humaines

Écoles urbaines de garçons

Écoles rurales de garçons

Écoles urbaines et rurales de filles

Écoles urbaines de garçons

Écoles rurales de garçons

Écoles urbaines et rurales de filles

A. Le temps qu’il fait

A. Le jardin

A. Champs et cultures : le sol

Le sol

Monographie des plantes

Principales plantes nuisibles

Le jardin

monographie d’une plante

légumes, fleurs

travaux de saison

facultatif : petit élevage

B. L’homme

Le développement harmonieux du corps, conservation de la santé

hygiène des principaux organes

les microbes et les principales maladies contagieuses

les maladies sociales

accidents

B. Les travaux intérieurs

 

opérations courantes

verticale, horizontale

mesures de longueur

traçages simples

B. L’élevage : les animaux de la ferme

monographie d’animaux familiers

alimentation, sélection…

éventuellement industrie laitière

 

B. Les travaux intérieurs

 

la vie ménagère

l’enfant, puériculture

 

C. La maison

Étude critique d’une maison prise dans son cadre local

C. Travaux d’usage courant

réparation et confection d’objets

outils usuels

ampoule électrique, moteur électrique, transformation du mouvement

appareils et machines d’usage courant

C. Les travaux intérieurs

opérations courantes

verticale, horizontale

mesures de longueur

traçages simples

travaux d’un usage courant

ampoule électrique, moteur électrique, transformation du mouvement

appareils et machines d’usage courant

 

           

Arrêté du 24 juillet 1947

Reprise de la circulaire du 12 octobre 1944 : BOEN n° 4, 1944, p. 206-219 Enseignement du premier degré.

 

Écoles urbaines de garçons

Écoles rurales de garçons

Écoles urbaines de filles

Écoles rurales de filles

1ère année

2nde année

1ère année

2nde année

1ère année

2nde année

1ère année

2nde année

L’homme dans son milieu (le temps qu’il fait, l’homme ; la maison)

Les activités humaines (les travaux intérieurs ; travaux d’usage courant)

L’homme dans son milieu (le temps qu’il fait ; Hygiène ; L’habitation rurale)

Les activités humaines (Champs et cultures ; le sol ; l’élevage ; la modernisation de l’agriculture ; outillage agricole)

L’homme dans son milieu (le temps qu’il fait, l’homme ; la maison)

Les activités humaines (a. la vie ménagère ; b. l’enfant, puériculture)

L’homme dans son milieu (le temps qu’il fait ; Hygiène ; Hygiène de la première enfance ; L’habitation rurale)

Les activités humaines (Champs et cultures ; le sol ; l’élevage ; la modernisation de l’agriculture ; activités ménagères)

Instructions du 30 juillet 1953, Classe de fin d’études, Programme de Sciences appliquées dans les classes ou sections de fin d’études des écoles rurales, BOEN n° 37 du 22 octobre 1953, p. 2813-2817.

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LEBEAUME, J. (2017). Les sciences appliquées des classes de fin d’études, en rose et bleu. Images, vignettes, illustrations… des manuels scolaires des années 1950. Revue GEF (1), 49-62. Repéré à https://revuegef.org

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Revue GEF

Editeur : Association ARGEF
Parution : Annuelle
Matricule : ISSN 2571-7936
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Annotations de l'article

    [1] Décret du 23 juillet 1974.

    [2] Cf. circulaires du 30 octobre 1936 et du 9 août l937

    [3] Reprise de la circulaire du 12 octobre 1944 (cf. annexe).

    [4] Les contenus supprimés sont : la loupe, les lunettes et la correction de la vue ; l’appareil photographique ; la marmite norvégienne et bouteille thermos ; comment on se protège du froid et de la chaleur ; le télégraphe et le téléphone ; la TSF ; roue à aubes et turbines ; bateau et avion ; code de la route.

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