Pauvreté, scolarisation des enfants et sexe du chef de ménage au Burkina Faso : une analyse à partir de deux indicateurs de niveau de vie

décembre 2019

Cet article mobilise deux indicateurs de niveau de vie, l’un basé sur les dépenses de consommation et l’autre sur les caractéristiques de l’habitat et les biens possédés, pour réexaminer la relation entre la pauvreté, le sexe du chef de ménage et la scolarisation des enfants au Burkina Faso. Contrairement aux conclusions faites dans d’autres contextes géographiques, les travaux sur l’Afrique subsaharienne font le constat récurrent et paradoxal d’un accès plus grand à la scolarisation des enfants dans les ménages dirigés par les femmes, comparativement à la situation dans les ménages dirigés par les hommes. Ce résultat est surtout notable parmi les catégories de ménages pauvres. L’indicateur de niveau de vie souvent utilisé dans ces travaux est un proxy déterminé à partir des caractéristiques de l’habitat et des biens possédés par le ménage. Or des études montrent que les résultats sur les inégalités économiques de genre varient selon le type d’indicateur de niveau de vie utilisé. Nous postulons alors que le résultat sur l’effort de scolarisation des enfants constaté dans les ménages dirigés par les femmes en Afrique subsaharienne est susceptible de changer, si l’on mesure la pauvreté à partir d’un proxy basé sur les dépenses de consommation. Pour vérifier cette hypothèse, une régression logistique a été appliquée aux données de l’enquête multisectorielle continue réalisée en 2014 au Burkina Faso. Les résultats montrent que le classement des ménages par rapport à la pauvreté et en fonction du sexe du chef de ménage varie selon le type d’indicateur de niveau de vie. Les proportions des ménages classés pauvres et très pauvres sont plus importantes pour les ménages dirigés par les femmes lorsqu’on mobilise le proxy de niveau de vie basé sur les caractéristiques de l’habitat et les biens possédés. En revanche, quel que soit l’indicateur de niveau de vie considéré, les enfants recensé.es dans les ménages dirigés par une femme ont des chances plus grandes d’avoir fréquenté l’école que ceux qui vivent dans un ménage dirigé par un homme. Ce résultat laisse à penser que les ménages dirigés par les femmes, dans des situations socioéconomiques précaires développent des stratégies particulières pour scolariser les enfants qui y vivent.

Introduction

Les études qui ont examiné l’influence des rapports sociaux de genre sur le bien-être des enfants dans les pays en développement, ont mis en évidence le rôle différencié des hommes et des femmes dans la scolarisation des enfants, notamment entre ceux vivant dans les ménages dirigés par un homme et ceux des ménages dirigés par une femme (W-J. Han et al., 2003 ; Glick & Sahn, 2000 ; Wayack-Pambè 2012 ; Kobiané, 2006 ; Townsend et al., 2002 ; Sibanda, 2004 ; Han, Huang, & Garfinkel, 2003 ; Wayack-Pambè & Pilon, 2011 ; Kobiané, 2003, 2006 ; Wakam, 2002 ; Shapiro & Tambashe, 2001 ; Arends-Kuenning & Duryea, 2006).

 

En Afrique subsaharienne, les résultats de ces études montrent pour leur grande majorité, que les ménages dirigés par une femme scolarisent plus les enfants qu'ils hébergent que ceux dirigés par un homme, à savoir que les proportions des enfants de ces ménages qui fréquentent l’école sont plus élevées, ou encore que les performances scolaires des enfants y sont plus importantes (Lloyd & Blanc, 1996 ; Wakam, 2002 ; Kaboré, Lairez & Pilon, 2003 ;  Wayack-Pambè & Pilon, 2011 ; Wayack-Pambè, 2012 ; Kobiané, 2003, 2006). Dans un contexte demeuré pendant longtemps celui d’une sous-scolarisation et d’une discrimination scolaire des filles, cet avantage de scolarisation dans les ménages dirigés par une femme s’est constaté aussi bien chez les filles que chez les garçons, (Wayack-Pambè & Pilon, 2011 ; Wayack-Pambè, 2012 ; Kobiané, 2003, Wakam, 2002) même s’il bénéficiait davantage aux derniers (Wakam, 2002).

 

L’intérêt porté à la scolarisation dans les ménages dirigés par les femmes provient d’une perception de ces ménages comme étant économiquement plus vulnérables que ceux dirigés par les hommes (Chant, 2008 ; Medeiros & Costa, 2008 ; Momsen, 2002). En effet, bien que les études ne parviennent pas à un résultat consensuel sur le sujet, un des postulats récurrents sur les ménages dirigés par les femmes est qu’ils sont structurellement dans des conditions de pauvreté particulières, du fait des inégalités de genre dont les femmes sont victimes dans la société (Locoh & Ametepe, 2004 ; Kebe & Charbit, 2007 ; Rogan, 2013). Toutefois, les études qui ont examiné les inégalités économiques selon le sexe en se servant de différents indicateurs de mesure de la pauvreté dans un même contexte ont montré que cette relation pouvait varier, selon que l’indicateur de niveau de vie mobilisé pour mesurer la pauvreté des ménages était basé sur les dépenses de consommation, ou selon qu’il utilise le proxy déterminé à partir des conditions de vie des ménages (Lachaud, 2000 ; Koloma, 2008 ; Noglo, 2017). De ce fait, les différences de scolarisation entre ménages dirigés par une femme et ceux dirigés par un homme qui sont surtout notables dans les catégories les plus défavorisées (Kobiané, 2003) pourraient ainsi varier selon le type d’indicateur de niveau de vie mobilisé pour établir cette comparaison. Or les études portant sur les différences de scolarisation des enfants selon le sexe du chef de ménage en Afrique subsaharienne ont surtout utilisé comme indicateur de bien-être économique du ménage, le proxy de niveau de vie basé sur les biens possédés par le ménage et /ou les caractéristiques de l’habitat. Par ailleurs, dans la plupart de ces études, l’influence propre de la pauvreté n’était pas la question première étudiée, le niveau de vie étant souvent introduit dans les analyses comme une variable explicative secondaire.

 

Cet article veut ainsi contribuer à une meilleure compréhension de la relation entre le sexe du chef de ménage, la situation de pauvreté du ménage et la scolarisation des enfants en Afrique subsaharienne. Plus précisément, il cherche à voir, dans le cadre du Burkina Faso, si l’avantage scolaire observé dans les ménages dirigés par les femmes des catégories économiquement défavorisées se vérifie toujours, quel que soit l’indicateur de mesure du niveau de vie du ménage utilisé, soit le proxy calculé à partir des dépenses de consommation du ménage, ou bien celui déterminé à partir des caractéristiques de l’habitat et des biens possédés par le ménage. Plus spécifiquement, les questions auxquelles l’article veut répondre sont : 1) comment les ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes se classent en termes de niveau de vie en fonction de l’indicateur utilisé ? 2) Quelles sont les caractéristiques sociodémographiques des ménages vulnérables qu’ils soient dirigés par les femmes ou par les hommes ? 3) Quelles différences dans la scolarisation des enfants observe-t-on entre ces deux types de ménages pour chacun des indicateurs de niveau de vie ? Les réponses à ces questions permettront tout d’abord de présenter le profil de pauvreté des deux types de ménages. Elles permettront ensuite d’identifier les caracteristiques differentielles des ménages pauvres lorsqu’ils sont dirigés par des femmes ou par des hommes et leurs variations suivant l’indicateur utilisé pour mesurer la pauvreté. Enfin, elles permettront ensuite de comparer les situations de scolarisation des enfants dans les deux types de ménages pauvres selon le sexe du chef de ménage, pour les deux indicateurs de niveau de vie.

 

Le Burkina Faso s’est engagé à assurer la scolarisation primaire à toute sa population lors du Forum mondial sur l’éducation à Dakar en 2000. Un engagement renouvelé plus récemment dans l’objectif 4 de développement durable (ODD) qui vise entre autres à assurer à toutes et à tous une éducation de qualité plus égalitaire et équitable. Toutefois, malgré les efforts fournis par les gouvernements Burkinabès depuis une vingtaine d’années, de nombreux enfants sont toujours en marge des systèmes scolaires. Les inégalités persistent et ce sont particulièrement, les filles, les catégories les plus pauvres de population, les résidents de la zone rurale qui en subissent le plus les conséquences. Ces discriminations sont davantage exacerbées au niveau du secondaire. Mieux comprendre les dynamiques de scolarisation en œuvre au sein des ménages défavorisés pourrait alors aider à une meilleure orientation des politiques éducatives.

 

Dans la suite de cet article, nous passons d’abord en revue les résultats des travaux qui ont porté sur les relations entre le sexe du chef de ménage, la pauvreté et la scolarisation en mettant en évidence les différences selon l’indicateur de niveau de vie du ménage utilisé. Nous présentons ensuite les données et la méthodologie mobilisées, puis terminons par la présentation et la discussion des résultats des analyses et une conclusion.

 

Contexte socioéconomique et scolaire du Burkina Faso

En 2017, le Programme de développement des nations unies classait le Burkina Faso au 183e rang sur 189 pays avec un indice de développement humain (IDH) de 0,420. Ce classement souligne l’état encore faible des indicateurs sociaux du pays, notamment ceux relatifs à la santé et à l’éducation.

 

Au cours des deux dernières décennies, deux programmes gouvernementaux ayant pour but de permettre l’accès à l’éducation à tous les enfants burkinabè se sont succédé dans le secteur éducatif. Il s’agit tout d’abord, du plan décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB) mis en œuvre entre 2000 et 2009, qui était orienté sur la réduction des inégalités de sexe et des inégalités régionales dans l’accès à l’éducation de base. Il a concouru au renforcement du système éducatif en infrastructures et en personnel et a notamment contribué à une hausse des niveaux de scolarisation des enfants au primaire. Le Programme de développement stratégique de l’éducation nationale (PDSEB) qui lui a succédé et qui est en cours depuis 2012 ambitionne quant à lui, de faire bénéficier d’une éducation de base formelle de qualité à tous les enfants burkinabè à l’horizon 2020, ce dans le but d’accroître leur capacité de participation au développement du pays. Cet objectif est en phase avec celui du gouvernement exprimé dans le Plan national de développement économique et social (PNDES 2016-2020), et qui veut augmenter la croissance du revenu par habitant afin de réduire la pauvreté.

 

Le Burkina Faso a fait des évolutions en matière d’éducation suite aux politiques menées dans le secteur de l’éducation. Ces changements sont surtout notables dans l’éducation de base. Entre 2000, et 2017, les taux bruts de scolarisation au primaire sont successivement passés de 44,7%[1] (77,61% en 2009) à 93,65%. Au cours de cette période, entre 2006 et 2017, les taux bruts de scolarisation ont évolué respectivement au post-primaire et au secondaire de 22,4% à 49% et de 8,5% à 16, 2%. Pour le supérieur, le taux brut de scolarisation reste encore très faible, il a évolué d’à peine deux points de pourcentage entre 2000 et 2017, passant de 3,53% à 5,2%. On note par ailleurs qu’en 2014, le taux d’alphabétisation des adultes âgés de 15 ans ou plus était de 34,6%, avec seulement 26,22% pour les femmes contre 44,38% pour les hommes. En 2017, la parité fille-garçon était de 0,98 dans l’éducation primaire, de 1,06 au niveau du post-primaire de 0,67 au secondaire et de 0,52 au niveau supérieur. Les différences entre milieux de résidence persistent également. Alors qu’en 2014 en milieu urbain le pays comptait un taux brut de scolarisation au primaire de 115%, ce taux était de seulement 65% en milieu rural.

 

Outre ceux relatifs à l’offre, les facteurs sociodémographiques et économiques liés à la demande de scolarisation des ménages restent encore déterminants pour la fréquentation et la réussite scolaire des enfants au Burkina Faso.

 

Ainsi, dans un contexte de pauvreté tel que celui du Burkina Faso, l’accès à l’éducation ainsi que le maintien dans le système scolaire de certains enfants se trouvent compromis parce que leurs parents ou les personnes qui en ont la charge ne disposent pas de ressources économiques suffisantes ou d’une motivation nécessaire pour consentir à cet investissement (Kobiané, 2006 ; Bambara, 2017 ; Kaboré, 2011). Ces enfants sont souvent retenus à la maison ou retirés de l’école pour contribuer aux activités de production du ménage. Au cas où ils ne participent pas directement à la production, ils sont alors chargés des tâches domestiques ou de la garde des plus jeunes pendant que les adultes s’adonnent aux activités rémunératrices (Kaboré, 2011).

 

De même, le sexe de la personne à qui revient la charge et les décisions concernant le ménage influence aussi la fréquentation scolaire des enfants. Lorsque les femmes sont à la tête du ménage, la scolarisation des enfants qui vivent avec elles ; s’en trouve améliorée (Kobiané, 2003 ; Wayack Pambè & Pilon, 2011 ; Wayack-Pambè, 2012). Une situation qui est à l’avantage des propres filles du chef de ménage (Wayack Pambè & Pilon, 2011).

 

Selon les données de l’enquête multisectorielle réalisée en 2014, au Burkina Faso, 13,4% des ménages étaient dirigés par des femmes. En effet, même si selon les diverses traditions burkinabè « une femme ne peut-être chef de famille » (Ouédraogo, 1996), on assiste de plus en plus à l’émergence de groupes particuliers de femmes à qui ce statut est reconnu. Ce phénomène prend diverses formes, du fait notamment des processus de migration et d’urbanisation. Ainsi, si les femmes cheffes de ménage en milieu rural sont le plus souvent d’un âge élevé, veuves ou des femmes de migrants, en ville, les chefs de ménages féminins avec ou sans enfants peuvent être des étudiantes, des célibataires, ou encore des femmes divorcées (Ouédraogo, 1996 ; Wayack-Pambè & Moussa, 2014 ; Moguérou, Wayack-Pambè & Awissi-Sall, 2018). De par le statut qu’elles occupent dans la société et des privations qui en découlent (faible accès à la terre, à l’emploi et au crédit), les femmes chefs de ménage sont supposées être à la tête de structures domestiques économiquement défavorisées. Toutefois la dernière enquête sur les conditions de vies des ménages au Burkina Faso (INSD, 2014) a montré une incidence de pauvreté monétaire plus forte dans les ménages dirigés par les hommes (40%) que dans ceux dirigés par des femmes (30,4%).

 

Les constats faits ci-dessous suggèrent qu’une analyse de la situation scolaire des enfants, questionnant à la fois les rapports inégalitaires économiques et de genre en œuvre dans la société burkinabè ainsi que leur influence sur la scolarisation enfants pourrait aider à développer des stratégies plus efficaces pour la lutte contre les inégalités de genre et la sous scolarisation.

 

Sexe du chef de ménage, pauvreté et scolarisation des enfants en Afrique subsaharienne : un état des lieux

La présentation des ménages dirigés par les femmes comme étant plus vulnérables sur le plan économique que ceux dirigés par les hommes ne trouve pas toujours de consensus lorsqu’on se réfère à la littérature scientifique concernant l’Afrique subsaharienne. Par exemple, en Ouganda, Appleton (1996) a trouvé qu’il n’y avait pas d’association entre les ménages dirigés par les femmes et la pauvreté, que le niveau de vie du ménage soit mesuré par les dépenses de consommation ou par le revenu. Koné (2002) a examiné la nature de la pauvreté féminine à travers le statut de chef de ménage et à partir des dépenses de consommation du ménage avec les données de l’enquête nationale sur le niveau de vie réalisée en Côte d’Ivoire en 1995. Il a trouvé que le niveau de pauvreté des ménages dirigés par des hommes (35%) était supérieur à celui des ménages dirigés par des femmes (32%). Kebe et Charbit (2007) ont également utilisé un indicateur basé sur les dépenses de consommation pour questionner la pauvreté au sein des ménages dirigés par les femmes au Sénégal. Ils ont trouvé que ces ménages étaient moins exposés à la pauvreté que ceux qui avaient un homme à leur tête. Ainsi avec la mesure des dépenses de consommation les ménages dirigés par les femmes sont placés dans des conditions économiques moins défavorables que ceux des hommes.

 

Lorsque la pauvreté est mesurée à partir des biens possédés et les caractéristiques de l’habitat du ménage, les conclusions des études se révèlent moins consensuelles. Ainsi, Katapa (2006) avec des données de l’Enquête démographique et santé de 1996 de Tanzanie trouvait que les ménages dirigés par les femmes étaient plus pauvres que les ménages dirigés par les hommes. Comparativement aux seconds, les premiers étaient plus enclins à comporter moins d’hommes adultes et plus de personnes âgées, à ne pas posséder de radio, à ne pas avoir assez à manger, à résider en milieu rural et à avoir en proportion plus de chefs âgés. En revanche, Oginni, Ahonsi et Ukwuije (2013) avec les données de l’EDS de 2008 du Nigéria trouvaient quant à eux, que les ménages qui ont une femme à leur tête avaient 25 % de risque en moins d’être pauvres que ceux qui étaient dirigés par un homme. Ce dernier résultat a été confirmé pour Ouagadougou, avec les données du recensement de 2006, par Wayack Pambè et Moussa (2014) qui analysaient le lien entre le sexe du chef de ménage et la pauvreté. Ils ont trouvé, toujours en utilisant l’indicateur de niveau de vie basé sur les caractéristiques de l’habitat et les biens possédés par le ménage, que l’incidence de la pauvreté est plus faible lorsqu’une femme dirige un ménage à la situation où c’est un homme qui dirige le ménage. Ces auteurs ont aussi montré que la catégorie des femmes chefs de ménage n’était pas homogène. Les ménages dirigés par les jeunes femmes étaient plus riches que tous les autres ménages hommes et femmes confondus. A l’inverse, les ménages des femmes plus âgées, en majorité des veuves, étaient plus pauvres que tous les ménages. Ces résultats indiquent que la question de la plus grande vulnérabilité des ménages dirigés par les femmes tient donc aussi des caractéristiques sociodémographiques des femmes qui sont à leur tête. Ce dernier constat a été également mis en évidence par Rogan (2013), à partir d’analyses réalisées sur les enquêtes ménages de 1996 et 2006 en Afrique du Sud, avec un indicateur de mesure du niveau de vie déterminé à partir du revenu et des allocations de soutien familial. Bien que ses résultats soient contraires à ceux de la majorité des études faites en Afrique subsaharienne, ils indiquent que les ménages dirigés par des femmes ont plus de risque d’être pauvres, parce qu’ils ont des caractéristiques sociodémographiques qui ne leur permettent pas d’accéder à un revenu important. Ainsi en Côte d’Ivoire, Koné (2002) en poussant son analyse au sein du groupe de ménages classé pauvres, trouvait que, comparativement à ceux des hommes, les ménages dirigés par les femmes étaient plus nombreux à être dans l’extrême pauvreté, défini comme l’incapacité de satisfaire les besoins alimentaires. Des résultats similaires ont aussi été trouvés par Attanasso (2004) au Bénin. L’auteur trouvait que la profondeur et la sévérité de la pauvreté affectait davantage les ménages des femmes que ceux des hommes.

 

Il apparait ainsi donc que la nature de l’indicateur utilisé pour mesurer le niveau de vie fait varier les résultats de la relation entre la pauvreté et le sexe du chef de ménage, que ce soit au sein d’un même contexte ou dans des contextes différents.

 

Analysant les données de l’enquête prioritaire du Burkina Faso de 1998, Lachaud (2000) montrait que l’incidence de la pauvreté était plus grande au sein des ménages dirigés par des femmes lorsqu’on faisait recours à une mesure non monétaire du niveau de vie plutôt qu’à un indicateur basé sur les dépenses de consommation. De même, Koloma (2008) trouvait au Mali que les ménages dirigés par des femmes étaient plus affectés par la pauvreté que ceux dirigés par les hommes, quand l’on se référait à l’indicateur de niveau de vie non monétaire basé sur les caractéristiques de l’habitat et les biens du ménage, alors que l’indicateur de dépenses de consommation donnait des résultats contraires.

 

Par contre, Noglo (2017) trouvait au Togo que l’indicateur non monétaire basé sur la nature de l’habitat, les biens du ménage et l’éducation et celui des dépenses de consommation conduisaient à des résultats similaires sur les inégalités de pauvreté entre ménages dirigés par des femmes et ceux dirigés par des hommes. L’étude de Agbodji et al. (2013) trouvaient aussi bien avec une mesure monétaire du niveau de vie qu’avec une mesure non monétaire, que les ménages dirigés par les hommes étaient plus affectés par la pauvreté que les ménages dirigés par les femmes.

 

L’examen des différences de scolarisation des enfants, entre les ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes a révélé quant à lui, non seulement un effort de scolarisation des enfants plus grand, mais aussi une moindre discrimination des filles au sein des premiers. Wakam (2002) questionnant la relation entre les rapports de genre et la scolarisation à partir des données du recensement de 1987 du Cameroun, a trouvé que les femmes chefs de ménages scolarisaient plus les enfants que leurs homologues masculins, et que cet effort de scolarisation concernait davantage les filles. Kaboré, Lairez et Pilon (2003), au Burkina Faso, sont aussi parvenus à la conclusion d’une scolarisation plus importante des filles dans les ménages dirigés par les femmes. Ces auteurs soulignent que c’est surtout en milieu rural que les différences sont notables. Toujours au Burkina Faso, Wayack-Pambè et Pilon (2011), Wayack-Pambè (2012) et Kobiané (2003), ont montré que la propension des femmes à mieux scolariser les enfants à Ouagadougou était plus dirigée vers leurs propres enfants au détriment des jeunes filles accueillies pour les travaux domestiques. Ces études montrent aussi que ce sont les ménages pauvres avec une femme à leur tête qui sont les plus enclins à favoriser la scolarisation des enfants.

 

Quel que soit l’indicateur de niveau de vie pris en compte, les dépenses de consommation ou les caractéristiques de l’habitat et des biens possédés par le ménage, les ménages dirigés par les femmes n’apparaissent pas systématiquement défavorisés. Les résultants se révèlent différents non seulement selon les contextes étudiés, mais aussi selon la nature de l’indicateur de niveau de vie utilisé pour mesurer la pauvreté. La littérature scientifique indique par ailleurs, des comportements différenciés des ménages par rapport à la scolarisation des enfants, selon le sexe de la personne qui est à la tête du ménage. Une question peu explorée est de savoir si les variations de la relation entre le sexe du chef de ménage et la pauvreté liées à la nature de l’indicateur du niveau de vie ont une conséquence sur le résultat quasi-constant de l’avantage scolaire des enfants dans les ménages pauvres dirigés par les femmes en Afrique subsaharienne. Il est en effet possible, que les différences de scolarisation constatées entre ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes dans les catégories sociales défavorisées, relèvent plus de la nature de l’indicateur de niveau de vie utilisé que de rapports différenciés à la scolarisation fondés sur le genre et la pauvreté du ménage. À notre connaissance aucune étude en Afrique subsaharienne n’a procédé à cette comparaison. C’est la contribution que nous voulons apporter dans cette étude avec les données de l’Enquête multisectorielle continue réalisée en 2014 au Burkina Faso.

 

Concepts clés de l’étude

Pauvreté et indicateurs de niveau de vie

La pauvreté est un concept multidimensionnel et polysémique, car elle n’est pas seulement un manque de revenu, mais aussi « la résultante de processus économiques, sociaux interagissant entre eux. » (Banque Mondiale, 2000) qui « nécessite des solutions multisectorielles intégrées » (PNUD, 2000). La définition de la pauvreté varie d’un contexte à l’autre, d’une période à l’autre, d’un individu à l’autre (Alkire, 2011) ou encore d’une institution à l’autre (Benicourt, 2001). Hagenaars et De Vos (1988), résumaient ainsi les différentes définitions de la pauvreté en trois catégories : « A. poverty is having less than an objectively defined, absolute minimum, B. poverty is having less than others in society, C. poverty is feeling you do not have enough to get along » p. 212. Selon cette troisième definition, la pauvreté renvoie au fait de posséder moins de ressources que les autres dans une société, ce qui s’assimile à la pauvreté relative.

 

Notre étude s’inscrit dans cette approche relative de la pauvreté. Elle mobilise ainsi deux indicateurs de niveau de vie : les dépenses de consommation (IPD) et les caractéristiques de l’habitat et les biens du ménage (IPHB). Dans la perspective de l’approche relative de la pauvreté, elle regroupe les ménages en cinq classes de niveau de vie selon l’ordre croissant des dépenses moyennes de consommation ou des caractéristiques de l’habitat et les biens possédés par le ménage. Sont classés comme groupe « très pauvre » les 20% des ménages qui détenaient moins de ressources que les autres et très riches les 20% des ménages qui détenaient plus de ressources que tous les autres. Les trois classes restantes ont été nommées « pauvre » « moyen » et « riche » selon leur proximité avec les deux premiers.

 

Des études ayant eu recours à ces deux indicateurs de niveau de vie ont montré qu’ils sont faiblement corrélés et renseignent différemment l’incidence de la pauvreté. En effet selon les contextes, la nature des éléments pris en compte dans l’élaboration de l’indicateur non monétaire et la méthode d’agrégation, des variations plus ou moins fortes de l’incidence de la pauvreté peuvent apparaître selon que l’on mobilise l’un ou l’autre des indicateurs de niveau de vie (Montgomery et al., 2000 ; Kobiané, 2004, 2006 ; Filmer & Pritchett, 1999). En Afrique du Sud, Klasen (2000) a trouvé que l’indicateur des dépenses de consommation et celui des caractéristiques de l’habitat et les biens possédés par le ménage divergent considérablement dans l'identification des couches les plus pauvres de la population. Kobiané (2003) montrait que les dépenses de consommation ne renseignaient les effets de la pauvreté que pour les classes extrêmes.

 

Toutefois ces deux indicateurs mesurent différentes dimensions de la pauvreté mais sont complémentaires (Lachaud, 2000). Ils restent très utiles au pouvoir public, pourvu que l’on ait une bonne connaissance de la stabilité des résultats obtenus et sur lesquels se fondent les politiques. Tout particulièrement, une des limites de l’indicateur des dépenses de consommation régulièrement relevée dans la littérature est qu’il n’est pas en mesure de renseigner les aspects sociaux de la pauvreté. En effet cet indicateur se rapportant à la taille du ménage, compare les ménages selon les dépenses moyennes par adulte dans le ménage (Lachaud, 2000). Il suppose de ce fait que les ressources sont égalitairement reparties entre les individus au sein d’un même ménage. Toutefois, il ne prend pas en compte les rapports de pouvoir en œuvre dans ces ménages, entre hommes et femmes (Périvier, 2016) d’une part, et entre adultes et enfants (Lachaud, 2000) d’autre part. Ces rapports peuvent être à l’origine des inégalités de pauvreté entre les hommes et les femmes. D’ailleurs la pauvreté est différemment présentée lorsqu’elle affecte un homme ou une femme ainsi « Pendant longtemps la figure de l'homme pauvre a été incarnée par celui qui ne disposait pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille (femme et enfants), tandis que la femme pauvre était celle qui ne pouvait pas compter sur les ressources d'un conjoint » (Périvier, 2016, p156). Malgré ses limites, l’indicateur des dépenses de consommation demeure une bonne mesure de la pauvreté monétaire (Montgomery et al., 2000).

 

En revanche, l’indicateur des caractéristiques de l’habitat et des biens possédés par le ménage permet de renseigner les conditions de vie des individus dans le ménage, mais il reste fortement tributaire du contexte et de la nature des informations pris en compte (Kobiané, 2004). De ce fait, les interprétations qui en sont faites doivent être prudentes, lorsqu’on compare des contextes différents ou lorsqu’on utilise des méthodologies différentes dans un même contexte, à causes des variations induites par la méthode d’agrégation.

 

Nous voulons donc examiner ici comment l’un ou l’autre de ces deux indicateurs permettent de renseigner les dynamiques de scolarisation en œuvre au sein des ménages pauvres à l’aune des rapports de genre dans le contexte particulier du Burkina Faso.

 

La Scolarisation 

La scolarisation est généralement définie dans le sens de l’offre comme l’action de mettre à la disposition d’une population, l’équipement en infrastructures scolaires nécessaires pour son éducation (Kobiané, 2006). Toutefois l’émergence des travaux sur la demande de scolarisation a montré la nécessité d’intégrer une autre approche de la scolarisation centrée sur les familles ou les ménages. La scolarisation dans les ménages ou encore ce que l’on dénomme « pratiques scolaires » dans la littérature scientifique est le fait de mettre –ou non- les enfants à l’école, d’y favoriser leur maintien et leur réussite. C’est cette dimension de la scolarisation qui est considérée dans cet article.

 

Le Ménage

La notion de « ménage » (et par extension celle de « chef de ménage ») continue d’être l’objet de débats dans la recherche en sciences sociales, notamment parce qu’elle peine à décrire les dynamiques familiales, alors même qu’elle tend à vouloir se substituer à la notion de famille. (Voir Randall, Coast & Leone, 2011 pour une discussion extensive du concept). Nous avons retenu ici la définition du ménage utilisée dans le cadre de l’enquête multisectorielle par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina Faso. C’est l’« unité socio-économique de base au sein de laquelle un ou plusieurs membres, apparentés ou non, vivent dans la même maison ou concession, mettent en commun leurs ressources et satisfont en commun à l’essentiel de leurs besoins alimentaires et autres besoins vitaux, sous l’autorité de l’un d’entre eux appelé chef de ménage ». Cette définition présente une vision idéaliste du ménage au sein duquel les individus mettraient en communs leurs biens, alors que les rapports au sein des ménages sont bien plus complexes (Périvier, 2016). Nous conservons néanmoins cette définition, pour maintenir la philosophie dans laquelle les données ont été collectées.

Le chef de ménage est la personne en charge de l’exercice de la gestion des personnes et des biens au sein du ménage (Ouédraogo, 2016). Dans le contexte du Burkina Faso, ce rôle est socialement assigné aux individus de sexe masculin et il n’est souvent reconnu aux femmes qu’en cas d’absence d’un adulte de sexe masculin dans le ménage.

 

Données et méthodologie

Données

Les données utilisées dans cette étude sont celles de l’Enquête multisectorielle continue (EMC) réalisée par l’Institut de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina Faso en 2014. Cette base de données comporte des informations sur les caractéristiques sociodémographiques des ménages et des individus, sur l’éducation, les biens durables, les caractéristiques de l’habitat, l’assainissement et les dépenses de consommation du ménage.

 

L’Enquête a été réalisée pour fournir des indicateurs permettant de renseigner la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) et des Objectifs du millénaire pour le développement au Burkina Faso. Elle s’est étalée sur 12 mois, avec des collectes trimestrielles. Cette méthodologie a permis de disposer de données sur les dépenses de consommation annuelles, tenant compte des variations des consommations et des prix au cours de l’année. La méthode de sondage utilisée par l’enquête est aléatoire et stratifiée à deux degrés (zone de dénombrement et ménage), avec une représentativité statistique entre milieux de résidence et entre régions administratives. Les questions relatives à la scolarisation récoltées dans cette enquête offrent une potentialité pour comprendre les pratiques scolaires du côté de la demande scolaire. L’exploitation secondaire des données d’enquêtes sociodémographiques qui n’ont pas pour objectif premier l’analyse de la scolarisation sont des ressources primordiales dans des contextes où les statistiques administratives sont incomplètes et les enquêtes spécifiques sur l’éducation rares (Pilon & Yaro, 1999).

 

Notre étude porte dans un premier temps sur les 10234 ménages ayant fourni des informations à la fois sur les caractéristiques de l’habitat, les biens possédés et les dépenses de consommation. Au total, on a une répartition de 8876 (86,7%) ménages dirigés par des hommes et 1358 (13,3%) ménages dirigés par des femmes. Dans un second temps, elle questionne la scolarisation de 7446 et 7010 enfants de 6 à 14 ans résidant dans les ménages pauvres. Ces derniers étant déterminés à partir des deux indicateurs de niveau de vie mobilisés dans l’étude.

 

Variables explicatives et variable dépendante de l’étude

La scolarisation des enfants est la variable dépendante de l’étude. Elle est comprise ici comme le fait pour un enfant d’avoir fréquenté une structure d’enseignement formel à une date donnée. Elle est appréhendée à partir de la question «. [Nom] a-t-il fait des études dans une école formelle ou dans un cours particulier ? ». Elle est déclinée en deux modalités 0=« Non scolarisé » 1=« Scolarisé ». Sont considéré.es comme « scolarisé.es » dans l’étude, les enfants de 6 à 14 ans qui ont fréquenté une école formelle au cours de l’année scolaire 2013-2014.

 

L’indicateur de niveau de vie basé sur les dépenses de consommation (IPD) est l’une des deux variables explicatives principales. Elle a été obtenue à partir des dépenses de consommation par tête calculées dans le cadre du profil national de pauvreté du Burkina Faso en 2014 (INSD, EMC 2014 p.27). Les informations sur les biens alimentaires et non alimentaires consommés par les ménages et sur les prix du marché collectés lors de l’enquête ont été utilisées pour déterminer les quantités et les valeurs consommées par les ménages. Ces valeurs ont été par la suite ramenées à l’année pour obtenir les dépenses totales de consommation annuelles du ménage. Ces dépenses totales de consommation dans leurs formes finales ont été soumises à des déflateurs temporels (indices) pour permettre la comparabilité des données dans le temps et à un pseudo-déflateur spatial (rapport entre le seuil de pauvreté régional et celui de la région du centre) pour permettre la comparaison dans l’espace. Les dépenses totales ont été rapportées ensuite au nombre d’individus dans le ménage pour obtenir les dépenses de consommation par tête.

 

Les informations qui ont servies à la construction des dépenses de consommation viennent de la section « C » volet dépenses de consommation alimentaires et non alimentaires de l’enquête. Les données nécessaires ont été obtenues à partir des questions « Votre ménage a-t-il acheté ou produit et consommé ou reçu en cadeaux [PRODUIT] au cours des 7 derniers jours ?» pour les informations concernant les dépenses alimentaires et certaines dépenses non alimentaires et « Votre ménage a-t-il acheté ou produit et consommé ou reçu en cadeaux [PRODUIT] au cours des 3 derniers mois ?» pour les informations concernant d’autres dépenses non alimentaires comme l’habillement, l’eau , l’électricité et les services. L’IPD est une variable ordinale subdivisée ici en cinq catégories de niveau de dépenses croissantes, en référence à la notion de pauvreté relative.

 

L’indicateur basé sur les caractéristiques de l’habitat et les biens possédés (IPHB) est l’autre variable explicative principale. C’est un indicateur composite construit sur la base des données sur les caractéristiques de l’habitat et des biens des ménages. Ces données proviennent repectivement des sections « Logement et accès aux services sociaux de base » et «Possession de bien durable à usage domestique uniquement » de l’EMC. Au total 18 questions ont permis de recueillir les informations sur les caracteristiques de l’habitat. La question «Est ce qu’un membre du ménage possède [ARTICLE] en bon état de fonctionnement » appliquée à 26 articles a permis d’obtenir les informations sur les biens possédés par le ménage.

 

Après une exploration des données sur les caracteristiques de l’habitat et les biens possédés par les ménages, certaines variables ont été écartées et d’autres regroupées pour des besoins d’analyses dans le cadre de notre étude ( cf. Annexe, tableau 3). Toutes les variables qui présentaient une modalité avec un effectif superieur ou égale à 95% ont été exclues, car ne renseigant pas suffisamment les diversités des conditions de vie dans les ménages. Par la suite, nous avons procédé à la construction d’un proxy de niveau de vie en appliquant la méthode d’analyse factorielle en composante principale (ACP) à partir des variables retenues. Compte tenu du caractère nominal des données de l’étude, les modalités ont été cotées dans l’ordre croissant pour répondre aux exigences de la méthode d’analyse. Le premier facteur issu de l’ACP est la composante qui synthétise le mieux l’effet des différentes variables entrant dans la construction de l’indicateur. Il représente donc dans cette étude le proxy de niveau de vie basé sur les caractéristiques de l’habitat et les biens possédés (IPHB). Ce proxy est une variable continue qui a été répartie en cinq classes de niveau de vie croissant.

 

Le sexe du chef de ménage. Il s’agit dans cette étude du sexe de la personne désignée par le répondant comme assumant le rôle de chef de ménage. Cette variable est construite à partir des questions : « Quel est le lien de parenté de Nom avec le chef de ménage ? » et « Nom est-il un homme ou une femme ? ». Elle présente deux modalités 0= « homme » et 1=« femme ».

 

Les autres variables explicatives de l’étude :

La taille du ménage : il s’agit du nombre de personnes résidents du ménage. C’est une variable avec trois modalités : 1=« au plus 5 personnes », 2=« 6 à 10 personnes », 3=« plus de 10 personnes ».

 

Le nombre d’enfants scolarisables : c’est le nombre d’enfants âgés de 6 à 14 ans concerné.es par la scolarisation. La variable est présentée comme suit : 1=« 1 enfant », 2=« 2 enfants », 3=« 3 enfants ou plus ».

 

Le sexe de l’enfant est une variable avec deux modalités 0=«Garçon » et 1=« Fille ». Il est un facteur déterminant de la fréquentation et de la réussite scolaire des enfants. La scolarisation des filles est souvent perçue comme étant sans intérêt compte tenu des rôles différenciés assignés aux hommes et aux femmes dans la société.

 

Le statut familial de l’enfant : il est appréhendé à partir du lien de parenté de l’enfant avec le chef de ménage. Cette variable présentait sous sa forme initiale 6 modalités : « Fils ou fille », « Petit fils/fille », « Frère/sœur », « Autre parent », « Domestique » et « Sans lien de parenté ». Elle a été transformée par un regroupement des 3 modalités « Petit fils/fille », « Frère/sœur » et « Autre parent » d’une part et d’autre part des 2 modalités « Domestique » et « Sans lien de parenté ». Au final, la variable « statut familial de l’enfant » comporte les trois modalités : 1=« Fille/Fils du chef de ménage », 2=« apparenté au chef de ménage », 3=« Non apparenté au chef de ménage ».  

 

Le niveau d’instruction du chef de ménage est tiré de la question « Quel est le degré de l’enseignement formel le plus élevé que Nom a suivi ? ». Étant donné les faibles effectifs des personnes ayant les niveaux du secondaire et du supérieur, elle comporte deux modalités : « Instruit » pour les individus qui ont fréquenté l’école quel que soit le niveau d’études, et « Non instruit » pour ceux qui n’ont jamais été scolarisés.

 

Le groupe d’âge du chef de ménage : obtenu à partir de la variable continue « âge du chef de ménage ». Elle comporte trois modalités : 1=« au plus 35 ans », 2=« 36 à 49 ans », 3=« 50 ans et plus ».

 

Méthodes d'analyse

Notre étude vise premièrement à examiner la répartition des ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes, dans les différents quintiles de niveau de vie, selon le type de proxy utilisé. L’analyse descriptive bivariée a servi à répondre à cet objectif. Une analyse descriptive trivariée a permis de déterminer les caractéristiques sociodémographiques des ménages pauvres et très pauvres dirigés par des femmes et ceux dirigés par des hommes, pour chacun des deux indicateurs de niveau de vie.

 

Les relations entre la scolarisation des enfants et le sexe du chef de ménage ont été examinées dans un premier temps à partir d’analyses statistiques descriptives. Dans la suite des analyses, les ménages des quintiles « pauvre » et « très pauvre » ont été regroupés en une seule modalité « pauvre ». La régression logistique a ensuite servi à évaluer l’effet net du sexe du chef de ménage sur la scolarisation dans ces ménages pauvres, pour chacun des deux indicateurs de niveau de vie, tout en contrôlant les effets des autres variables de l’étude. Deux modèles de régression logistique binaire ont ainsi été réalisés, avec comme variable dépendante binaire, la scolarisation de l’enfant, dont 0 pour la modalité « Non scolarisé » et 1 pour la modalité « Scolarisé ».

 

Résultats

Une incidence de la pauvreté plus importante dans les ménages dirigés par les femmes avec l’indicateur basé sur les caractéristiques de l’habitat et des biens possédés

Le tableau 1 classe par quintile de niveau de vie, les ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes, selon les deux proxys de niveau vie l’IPD et l’IPHB. Il ressort que globalement, l’incidence de la pauvreté des ménages est plus forte avec l’IPHB qu’avec l’IPD et les différences entre ménages dirigés par les femmes et ménages dirigés par les hommes plus importantes avec le premier qu’avec le deuxième. Lorsque mesurée avec l’IPHB, l’incidence de la pauvreté est plus forte dans les ménages dirigés par les femmes (23,3% de pauvres et 28,6% de très pauvres) que dans ceux dirigés par les hommes (21,5 % de pauvres et 22,6% de très pauvres). Par contre avec l’IPD, les ménages dirigés par les femmes semblent moins affectés par la pauvreté (14% de pauvres et 11,5% de très pauvres) que les ménages dirigés par les hommes (16,4% de pauvres et 14% de très pauvres).

 

Ces résultats corroborent ceux trouvés dans de précédentes études en Afrique subsaharienne (Lachaud, 1999, 2000 ; Koloma, 2008). Au Burkina Faso, en Mauritanie où encore au Mali, ces auteurs ont trouvé que l’indicateur de pauvreté non monétaire basé sur les conditions de vie des ménages révélait une plus forte prévalence de la pauvreté dans les ménages dirigés par les femmes comparés à ceux dirigés par les hommes.

 

Les différences observées pourraient relever d’un biais méthodologique lié à la nature des indicateurs de niveau de vie. L’IPD est un indicateur de pauvreté monétaire qui mesure le niveau de vie du ménage à partir des dépenses de consommation moyennes. Il est possible qu’il surestime le revenu des ménages dirigés par les femmes (Lachaud, 2000). Les femmes ont tendance à plus investir dans les dépenses du quotidien pour assurer la survie de leur ménage, ce qui entraine une augmentation de leur consommation. A contrario, les hommes face à la rareté de ressources auraient tendance à réduire la part des dépenses allouées aux autres membres du ménage pour maintenir leur niveau de satisfaction personnel (Baden & Milward, 2003 ; Yaro, 1999). De ce fait l’IPD arriverait difficilement à capter les comportements genrés entre les deux types de ménages.

 

Par ailleurs du fait que les ménages dirigés par les femmes sont en général plus faiblement dotés en ressources durables (Kebe & Charbit, 2007 ; Locoh & Ametepe, 2004), l’IPHB qui se base sur les biens possédés parvient plus à exposer la vulnérabilité socio-économique des ménages dirigés par les femmes.

 

Wayack-Pambè et Moussa (2014) ont cependant constaté une meilleure situation économique des ménages dirigés par les femmes à Ouagadougou à partir de l’IPHB. Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que le milieu urbain confère à la femme plus d’autonomie et des opportunités d’emploi accrues et favorise l’accès aux ressources et à l’investissement. D’ailleurs ces auteurs soulignent que ce sont les ménages dirigés par les plus jeunes femmes qui sont mieux classés que tous les autres, y compris les ménages dirigés par les hommes. Ils indiquent également que les jeunes femmes chefs de ces ménages sont généralement dotées sur le plan scolaire et sont bien insérées dans le marché de l’emploi formel.

 

Tableau 1 : Répartition des ménages par quintile de niveau de vie selon le sexe du chef de ménage à partir de l’IPD et l’IPHB

Des facteurs de vulnérabilité socioéconomiques plus importants dans les ménages pauvres et très pauvres dirigés par les femmes quel que soit le type d’indicateur de niveau de vie…

Dans cette section nous comparons les caractéristiques des ménages classés « pauvres » et « très pauvres » dirigées par des femmes à celles des ménages, des mêmes catégories dirigés par des hommes pour chaque type d’indicateur de niveau de vie. Les résultats révèlent que même si les profils des ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes sont similaires avec les deux indicateurs de niveau de vie, ces résultats cachent des inégalités de genre (cf. tableau 5 en annexe). Nos résultats montrent que les ménages pauvres et très pauvres dirigés par les femmes, comparés à ceux des hommes des mêmes catégories sont de plus petites tailles et comportent moins d’enfants d’âge scolaire. La plupart des femmes à la tête de ces ménages sont des veuves, très âgées et peu instruites exerçant à leur propre compte ou s’adonnant aux tâches ménagères. Ces résultats rejoignent, ceux trouvé à Ouagadougou Wayack-Pambè et Moussa, 2014. Ils montraient que le sous-groupe des femmes chefs de ménages pauvres est constitué généralement de femmes âgées, veuves, non instruites et professionnellement inactives.

 

Une comparaison des proportions obtenues révèle quelques différences entre les deux indicateurs de niveau de vie. Avec l’IPHB, la taille des ménages dirigés par les femmes des catégories « pauvre » et « très pauvre » est plus fréquemment petite (au plus cinq personnes) que celle des ménages dirigés par les hommes des mêmes quintiles de niveau de vie (71,2% et 57,1%). Elle est respectivement de 73,3% et 78,3% avec l’IPD. De même, on note des proportions plus importantes de ménages dirigés par les femmes n’ayant aucun enfant d’âge scolaire, contrairement à ceux dirigés par les hommes qui regroupent dans leur majorité trois enfants ou plus de ce groupe d’âge. Lorsqu’on considère l’âge du chef de ménage, on constate que les ménages dirigés par les femmes ont majoritairement à leur tête une personne âgée de plus de 50 ans. La proportion de femmes chefs de ménage âgées est un peu plus importante avec l’IPD (57% et 21,9%) qu’avec l’IPHB (52,1% et 18,2%). Pour ce qui est du statut matrimonial, on note que les ménages dirigés par les femmes ont plus fréquemment à leurs têtes des veuves et ceux dirigés par les hommes ont plus souvent à leur tête des hommes en union monogame. Au sein des ménages dirigés par les hommes, la proportion de chefs en union monogame est plus élevée avec l’IPHB (63,7% et 70%) qu’avec l’IPD (57,5% et 51,6%). Les femmes chefs de ménages exercent pour la plupart des activités domestiques comparées aux hommes. Les proportions varient de 20,2% et 21,2% avec l’IPD à 19,5% et 28,8% avec l’IPHB.

 

Concernant le niveau d’instruction du chef de ménage, on constate dans l’ensemble que la quasi-totalité des ménages pauvres et très pauvres ont majoritairement à leur tête des personnes non instruites.

 

Les profils sociodémographiques des ménages présentés ici montrent que les chefs de ménages féminins des ménages pauvres présentent des facteurs de vulnérabilité plus importants notamment par un faible accès à une activité rémunératrice, du fait qu’elles sont plus souvent des veuves et très avancées en âge et sans instruction. Les différences de caractéristiques socioéconomiques pourraient également expliquer les classements observés avec les indicateurs de niveau de vie. Par exemple, il est possible que la plus petite taille et la plus faible proportion d’enfants en âge scolaire dans les ménages dirigés par les femmes mènent à une surestimation de leurs ressources lorsqu’on se base sur les dépenses de consommation moyennes. Ces ménages dépenseraient ainsi plus que les ménages dirigés par les hommes qui sont de grande taille, alors que ces derniers auraient la possibilité de faire des économies d’échelle, certaines dépenses du ménage étant communes (Lachaud, 2000).

 

… Mais une scolarisation plus importante des enfants dans les ménages pauvres dirigés par les femmes, quel que soit l’indicateur de niveau de vie considéré

Résultats de l’analyse descriptive

L’objectif principal de cette étude était de réexaminer le constat de l’effort de scolarisation des enfants observé au sein des ménages dirigés par les femmes, comparativement à ceux dirigés par les hommes, en testant la variation de cette relation avec deux indicateurs de niveau de vie différents dans les situations de dénuement économique.

 

Dans cette section, nous examinons d’abord les associations entre le fait pour un enfant de résider dans un ménage dirigé par un homme ou une femme et de fréquenter l’école, puis la variation de cette relation en fonction du type d’indicateur de niveau de vie mobilisé. Nous testons aussi séparément pour chaque type de ménage (de chef masculin et de sexe féminin), la stabilité des relations dans des analyses multivariées prenant en compte les variables relatives aux caractéristiques individuelles de l’enfant, du ménage et du chef de ménage. Comme indiqué précédemment, les ménages classés « pauvre » et « très pauvre » ont été regroupés en une seule catégorie dénommée « pauvre ».

 

Les graphiques 1 et 2 montrent la répartition des enfants par statut scolaire, selon le sexe du chef de ménage et pour les deux indicateurs de niveau de vie considérés dans l’étude. Les résultats indiquent, d’une façon générale, que les enfants sont plus scolarisé.es dans les ménages dirigés par les femmes que dans ceux dirigés par les hommes, quel que soit l’indicateur de niveau de vie considéré. Les proportions d’enfants scolarisé.es sont avec l’IPD, de 42,9% dans les seconds ménages cités et de 63,9% dans les premiers cités et avec l’IPHB respectivement de 37,4% et 57,2%.

 

Résultats de l’analyse multivariée

Cette section analyse les effets nets des relations entre le sexe du chef de ménage et la scolarisation des enfants dans les ménages pauvres en comparant les résultats obtenus avec les deux indicateurs de niveau de vie. Il s’agit de vérifier si les différences observées en matière de scolarisation entre les ménages pauvres dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes dans l’analyse descriptive se maintiennent lorsqu’on contrôle par d’autres caractéristiques du ménage ou des enfants. Pour chacune des analyses relatives à chaque indicateur, l’ensemble des variables explicatives relatives aux caractéristiques socioéconomiques du ménage et du chef de ménage ainsi que les caractéristiques individuelles des enfants et le milieu de résidence sont prises en compte. Les variables ont été successivement introduites dans les modèles dans cet ordre : caractéristiques individuelles de l’enfant, caractéristiques du ménage, caractéristiques du chef de ménage et enfin le milieu de résidence.

 

Le tableau 2 présente, pour chacun des indicateurs de niveau de vie, les odds ratios relatifs à la scolarisation des enfants dans les ménages pauvres pour les deux indicateurs de niveau de vie.

 

Il apparaît, quel que soit l’indicateur de niveau de vie considéré, que les enfants ont des chances en plus d’être scolarisé.es lorsqu’ils sont d’un ménage dirigé par une femme comparativement à la situation où ils résident dans un ménage dirigé par un homme. Les résultats avec l’IPD montrent que comparativement à un ménage dirigé par un homme, un enfant âgé de 6 à 14 ans résidant dans un ménage dirigé par une femme a 1,8 fois plus de chances d’avoir fréquenté dans un établissement scolaire formel. Avec l’IPHB, les chances sont accrues de 1,6 fois.

 

Les résultats sur l’avantage scolaire des enfants vivant dans les ménages dirigés par les femmes restent donc constants, malgré les différences constatées entre l’IPD et l’IPHB dans la mesure de la pauvreté.

 

Cette plus forte propension des enfants à être scolarisé.es dans les ménages pauvres dirigés par des femmes rejoint les résultats des travaux de Kobiané (2003) et Wayack-Pambè (2012) dans la capitale burkinabè. En supposant qu’être à la tête d’un ménage offre aussi bien aux hommes qu’aux femmes la possibilité de prendre des décisions relatives au bien-être des enfants, notamment la scolarisation, on peut alors supposer que les femmes, lorsqu’elles sont chefs de ménage, favorisent une plus grande participation scolaire des enfants.

                          

L’étude révèle également d’autres résultats importants sur les autres facteurs explicatifs de la scolarisation des enfants dans les ménages pauvres. Ainsi, concernant le sexe de l’enfant, la participation scolaire des filles reste inférieure à celles des garçons. L’examen du statut familial de l’enfant montre que les enfants non apparentés au chef du ménage ont une fréquentation scolaire plus faible que ceux des propres enfants du chef de ménage. Par contre, un résultat différent de ceux trouvés dans les études antérieures est que les enfants de la parenté du chef de ménage ont de plus grandes chances d’être scolarisés que les propres enfants du chef de ménage. La présence de ces enfants dans les ménages pourrait être liée à des besoins de scolarisation, celle-ci étant financée par des personnes autres que le chef de ménage lui-même. On constate aussi que plus le nombre d’enfants à scolariser dans le ménage est élevé, plus la participation scolaire des enfants s’améliore. En effet, les ménages pauvres ne disposent pas de suffisamment de ressources pour s’offrir les services d’une aide comme c’est souvent le cas dans les ménages plus favorisés économiquement au Burkina Faso. Ne pouvant se passer de la force de travail des enfants, ces ménages auraient tendance à retenir ces derniers pour des travaux domestiques ou pour participer à la production des ressources pour la survie quotidienne du ménage. Dans le cas où plusieurs enfants résident dans le ménage, les parents auraient la possibilité de procéder à un arbitrage, en maintenant certains pour les travaux domestiques et en scolarisant d’autres (Kaboré, 2011). Les chances de scolarisation des enfants sont plus grandes dans les ménages où le chef est âgé comparativement à la situation où le chef est jeune. Ce résultat peut s’expliquer par le fait que les ménages de chefs âgé.es ont le plus souvent en leur sein leurs petits enfants pour lesquels la décision de scolarisation ainsi que les dépenses y afférentes ne relèvent pas nécessairement du chef de ménage. Enfin, résider en milieu rural est lié à une plus faible scolarisation des enfants qui ont des chances réduites d’environ 50% de fréquenter l’école comparativement aux enfants du milieu urbain. Ce résultat qui demeure constant dans la littérature scientifique burkinabè montre que la scolarisation des enfants reste une gageure au Burkina Faso en milieu rural.

 

Tableau 2: Rapport de chances de scolarisation des enfants dans les ménages pauvres selon le type d’indicateur de niveau de vie.

 

Indicateur des dépenses de consommation

Indicateur des caractéristiques de l’habitat et des biens

 

M1

M2

M3

M4

M5

M’1

M’2

M’3

M’4

M’5

Sexe du CM Réf= Homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Femme

2,211***

2,207***

1,889***

2,098***

2,032***

2,299***

2,414***

1,937***

1,823***

1,813***

Sexe de l’enfant Réf=Garçon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fille

 

0,995***

0,996***

0,996***

0,999***

 

0,966***

0,959***

0,957***

0,960***

Statut familial de l’enfant

Réf =fils/fille du CM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre parent du CM

 

1,061***

1,118***

1,063***

1,068***

 

0,836***

0,869***

0,798***

0,798***

Sans lien de parenté avec le CM

 

0,897***

0,960***

0,875***

0,882***

 

0,672***

0,766***

0,688***

0,690***

Nombre d’enfants de 6-14 ans

Réf =1 enfant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 enfants

 

 

1,111***

1,084**

1,101***

 

 

1,174***

1,149***

1,149***

3 enfants et plus

 

 

1,191**

1,162***

1,180***

 

 

1,221***

1,202***

1,201***

Taille du ménage

Réf = moins de 5 personnes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 à 10 personnes

 

 

1,236***

1,203***

1,173***

 

 

0,887***

0,899***

0,917***

Plus de 10 personnes

 

 

0,796***

0,844***

0,827***

 

 

0,543***

0,600***

0,617***

Niveau instruction CM

Réf= Instruit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Non instruit

 

 

 

0,646***

0,651***

 

 

 

0,598***

0,600***

Âge du CM

Réf=moins de 35 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

36 à 49 ans

 

 

 

1,355***

1,339***

 

 

 

1,273***

1,285***

50 ans et plus

 

 

 

1,504***

1,493***

 

 

 

1,361***

1,362***

Statut matrimonial du chef de ménage Réf= Veuf/Veuve ou divorcé(e)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Union polygame

 

 

 

0,846***

0,874***

 

 

 

0,553***

0,558***

Union monogame ou union libre

 

 

 

1,146***

1,160***

 

 

 

0,685***

0,692***

Célibataire

 

 

 

0,695***

0,719***

 

 

 

1,050***

1,066***

Statut socio-professionnel du chef de ménage Réf= Domestique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ouvrier

 

 

 

1,271***

1,127***

 

 

 

1,605***

1,551***

Indépendant

 

 

 

1,259***

1,256***

 

 

 

1,316***

1,307***

Salarié

 

 

 

0,594***

0,600***

 

 

 

0,423***

0,413***

Milieu de résidence Réf : Urbain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rural

 

 

 

 

0,558***

 

 

 

 

0,530***

Pseudo R-deux de Cox et Snell

0,006

0,007

0,014

0,027

0,031

0,010

0,013

0,026

0,039

0,041

Effectif

7447

7447

7447

7447

7447

7010

7010

7010

7010

7010

Seuil de significativité : *** 1‰, **1 %, * 5 % ; (…)

Source : données de l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso, Enquête multisectorielle continue 2014

 

Conclusion

Cet article avait pour objectif de contribuer à la compréhension du résultat de l’effort de scolarisation des enfants constaté dans les ménages dirigés par les femmes en Afrique subsaharienne, notamment dans les couches sociales les plus défavorisées. Plus spécifiquement, il cherchait à voir les variations éventuelles de ce résultat selon le type d’indicateur de niveau de vie utilisé, à savoir l’IPD d’une part et d’autre part l’IPHB.

 

Tout d’abord, les résultats révèlent des inégalités de genre quant à la mesure de la pauvreté avec les deux indicateurs de niveau de vie. Comparativement aux ménages dirigés par des hommes, l’IPD révèle que les ménages dirigés par des femmes sont moins fréquemment classés comme « pauvres » ou « très pauvres » que ceux dirigés par les hommes. À l’inverse, l’IPHB classe plus souvent les ménages dirigés par les femmes dans ces catégories.

 

Les analyses faites sur les caractéristiques des ménages dirigés par les femmes et de ceux dirigés par les hommes au sein des catégories « pauvres » et « très pauvres » présentent les mêmes profils sociodémographiques avec les deux indicateurs de niveau de vie. Les ménages dirigés par les femmes ont des configurations sociodémographiques qui ne sont pas prises en compte lorsqu’on s’intéresse à la seule pauvreté monétaire. La mesure de l’IPHB semble mieux capter les inégalités de genre en matière de pauvreté, car elles prennent en compte les inégalités économiques structurelles.

 

À la question de savoir si ces différences dans la relation entre le sexe du chef de ménage et la pauvreté influencent le résultat de la comparaison de la scolarisation des enfants dans les ménages de chefs masculins et féminins, il se révèle que non.

 

Les résultats de la régression logistique montrent que les ménages dirigés par les femmes ont une plus forte propension à scolariser les enfants que leurs homologues masculins. Ces résultats se vérifient aussi bien avec l’IPHB qu’avec l’IPD.

 

Toutefois, les limites relatives à la nature de nos données (données secondaires non collectées à des fins d’analyses de la scolarisation) ne permettent pas d’approcher la scolarisation de façon dynamique afin de mettre en exergue les rapports sociaux en œuvre. Ces données ne permettent pas non plus de repérer des facteurs des pratiques scolaires des femmes. Une approche qualitative permettrait de compléter les analyses faites ici.

 

Néanmoins, nos conclusions témoignent de la robustesse des résultats sur l’effort de scolarisation des enfants plus grand consentit au sein des ménages pauvres dirigés par les femmes observés en Afrique subsaharienne. La stabilité de ces résultats milite pour un renforcement des actions en faveur de l’autonomisation des femmes. En effet, lorsque ces dernières ont la possibilité de participer à la prise de décision concernant leur ménage, le bien-être des enfants et notamment leur scolarisation s’en trouve positivement affecté.


 


1 Les statistiques scolaires proviennent de l’UNESCO et du Ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN) du Burkina Faso

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Annexe

Tableau 3 : Distribution des variables utilisées dans la construction du proxy de niveau basé sur les caractéristiques de l’habitat et des biens possédés

 

Variables

Valeurs

Fréquence

Type de logement

 

 

Maison moderne individuelle

1

50,5

Cours moderne commune

2

17,8

Maison traditionnelle

3

31,7

Total

 

100

(10234)

Nombre de pièces dans le logement

   

5 pièces et plus

1

17,1

4 pièces

2

12,1

3 pièces

3

19,8

2 pièces

4

28,9

1 pièce

5

22,1

Total

 

100

(10234)

Nature du mur

   

Ciment

1

18,5

Brique en banco amélioré

2

12,1

Brique en banco

3

69,4

Total

 

100

(10234)

Nature du toit

   

Tôle

1

67,4

Terre

2

15,2

Paille

3

17,4

Total

 

100(10234)

Nature du sol

   

Ciment

1

56,1

Terre

2

43,9

Total

 

100(10234)

Type d'éclairage

   

Electricité

1

25,5

Batterie

2

11,6

Torche et autres

3

62,9

Total

 

100(10234)

Mode d'approvisionnement en eau

   

Robinet

1

13,0

Fontaine publique

2

16,1

Forage

3

44,0

Puits

4

26,9

Total

 

100(10234)

Mode d'évacuation des ordures

   

Dépotoir/incinération/enlèvement

1

16,8

Enfouissement

2

20,3

Rue et autres

3

62,9

Total

 

100(10234)

Mode d'évacuation des eaux usées

   

Fosse

1

1981

Nature

2

8253

Total

 

100

(10234)

Type d'aisance

   

Fosse

1

52,3

Nature

2

47,7

Total

 

100(

10234)

Mode d'évacuation des excrétas

   

Fosse

1

46,9

Nature

2

53,1

Total

 

100

(10234)

Combustible pour la cuisson

   

Electricité/gaz

1

7,5

Charbon/bois/autres

2

92,5

Total

 

100

(10234)

Possession d'une moto

 

 

Oui

1

46,5

Non

2

53,5

Total

 

100

(10234)

Possession d'un vélo

 

 

Oui

1

78,9

Non

2

21,1

Total

 

100

(10234)

Possession d'un poste téléviseur

   

Oui

1

21,9

Non

2

78,1

Total

 

100

(10234)

Possession d'un magnétoscope

   

Oui

1

12,8

Non

2

87,2

Total

 

100

(10234)

Possession d'une radio

   

Oui

1

44,8

Non

2

55,2

Total

 

100

(10234)

Possession d'une antenne avec décodeur

   

Oui

1

9,2

Non

2

90,8

Total

 

100

(10234)

Possession d'un téléphone mobile

   

Oui

1

83,0

Non

2

17,0

Total

 

100

(10234)

Possession d'une cuisinière

   

Oui

1

12,6

Non

2

87,4

Total

 

100

(10234)

Possession d'un foyer amélioré

   

Oui

1

5,4

Non

2

94,6

Total

 

100

(10234)

Possession d'un ventilateur

   

Oui

1

10,0

Non

2

90,0

Total

 

100

(10234)

Possession d'un lit

   

Oui

1

40,7

Non

2

59,3

Total

 

100

(10234)

Possession d'un matelas

   

Oui

1

45,3

Non

2

54,7

Total

 

100

(10234)

Possession d'un salon complet

   

Oui

1

9,3

Non

2

90,7

Total

 

100

(10234)

Possession d'un buffet

   

Oui

1

7,6

Non

2

92,4

Total

 

100

(10234)

Possession d'une plaque solaire

   

Oui

1

11,4

Non

2

88,6

Total

 

100

(10234)

(….) : Effectif

Source : données INSD Burkina Faso, EMC 2014

                                                                                     

 

Tableau 4 : Distribution des ménages selon l’IPD et L’IPHB

 

 IPD

 

IPHB

Très riche

Riche

Moyen

Pauvre

Très pauvre

 Total

Très riche

70,3

20,2

6,8

2

0,8

100(2047

64,1

21,3

6,9

1,9

0,7

 

Riche

20,6

23,0

24,4

20,0

12,1

100(2046)

17,1

22,2

22,6

17,8

10,3

 

Moyen

8,6

18,6

24,5

24,0

24,2

100(2048)

7,5

18,7

23,5

22,2

21,5

 

Pauvre

5,5

16,9

19,9

27

30,7

100(2046)

5,4

19,2

21,8

28,3

30,9

 

Très pauvre

5,5

14,8

21,0

25,8

33,0

100(2047)

5,9

18,5

25,3

29,8

36,6

 

 Total

100(2046)

100(2047)

100(2047)

100(2047)

100(2047)

100(10234)

Seuil de significativité : *** 1‰, **1 %, * 5 % ; (…) effectif ;  D de Somers =41,8%

Chiffres en caractères ordinaires : pourcentages en colonne   , chiffres en caractères italiques : pourcentages en ligne

Source : données de l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso, Enquête multisectorielle continue 2014

Note : lire par exemple en 64,1% (pourcentage en ligne) des ménages pauvres selon l’IPHB est également pauvre selon l’IPD. Ou 70,3% (pourcentage en colonne) des ménages riches selon l’IPD est pauvre selon l’IPHB.

 

 

Tableau 5 : Répartition des caractéristiques sociodémographiques des ménages pauvres et très pauvres selon le sexe du chef de ménage et les deux indicateurs de niveau de vie.

 

 Variables et modalités

 

Indicateur des caractéristiques de l’habitat et des biens possédés IPHB (%)

Indicateur des dépenses de consommation IPD (%)

Homme

Femme

 Total

Homme

Femme

 Total

Classe de Niveau de vie « Pauvre »

 

Taille du ménage

(0,336)***

   

(0,369)***

   

Au plus 5 personnes

30,9

76,3

37,6

21,4

71,2

27,5

6 à 10 personnes

47,3

21,7

43,6

52

23,9

48,5

Plus de 10 personnes

21,7

2

18,8

26,6

4,9

23,9

Nombre d’enfants scolarisables

(0,145)***

 

 

(0,190)***

 

 

Aucun

27,7

41,0

29,6

19,4

37

21,6

1 enfant

20,4

24,9

21

19,4

28,1

20,5

2 enfants

20,7

19,7

20,6

23,3

20

22,9

3 enfants et plus

31,2

14,4

28,8

37,9

14,8

35,0

Age du chef de ménage

(0,950)***

(0,092)***

au plus 35 ans

29

18,4

27,4

23,9

18,1

23,2

36 à 49 ans

30,6

29,5

30,4

33

24,9

32

50 ans et plus

40,4

52,1

42,2

43,1

57

44,8

Niveau d’instruction du chef de ménage

(0,075)***

 

 

(0,043)***

 

 

Instruit

10,1

4

9,2

11,6

7,5

11,1

Non instruit

89,9

96

90,8

88,4

92,5

88,9

Statut matrimonial du chef de ménage

(0,632)***

 

(0,678)***

 

Veuf/Veuve ou divorcé(e)

2,1

53,7

9,6

1,6

59,7

8,7

Union polygame

32,4

32,2

32,4

34,7

24,7

33,5

Union monogame ou union libre

63,7

13,8

56,5

62,4

14,6

56,6

Célibataire

1,7

0,3

1,5

1,3

1

1,3

Statut socio-professionnel du chef de ménage

(0,082)***

(0,057)***

Domestique

14,2

20,2

15,1

14,2

19,5

14,8

Ouvrier

2,3

1,3

2,1

3,5

2,3

3,4

Indépendant

83,2

78,5

82,5

81,5

76,8

81,0

Salarié

0,3

0,1

0,3

0,7

1,4

0,8

Classe de Niveau de vie « Très pauvre »

Taille du ménage

0,350***

(0,417)***

Au plus 5 personnes

32,6

78,3

40,2

10,8

57,1

16,0

6 à 10 personnes

50,7

20,4

45,7

47,5

39,3

46,6

Plus de 10 personnes

16,7

1,4

14,1

41,7

3,6

37,4

Nombre d’enfants scolarisables

(0,131)****

(0,123)***

 

Aucun

29,2

39,5

30,9

13

16,6

13,4

1 enfant

22,2

25,4

22,7

16,1

23,7

16,9

2 enfants

20,6

21,8

20,8

22

30,1

22,9

3 enfants et plus

27,9

13,3

25,5

48,9

29,6

46,8

Age du chef de ménage

(0,123)***

 

(0,036)***

 

au plus 35 ans

29,8

18,2

27,9

17,6

21,9

18,1

36 à 49 ans

29,4

25,5

28,7

32,8

30,4

32,5

50 ans et plus

40,8

56,3

43,4

49,7

47,7

49,4

Niveau d’instruction du chef de ménage

(0,043)***

 

(0,091)***

 

Instruit

4,5

2,2

4,1

8,5

0,8

7,6

Non instruit

95,5

97,8

95,9

91,5

99,2

92,4

Statut matrimonial du chef de ménage

(0,672)***

 

(0,657)***

 

Veuf/Veuve ou divorcé(e)

2,5

58,3

11,8

1,4

56,1

7,5

Union polygame

25,3

30,5

26,2

45,1

27,8

43,1

Union monogame ou union libre

70,1

10,3

60,2

52,4

15,8

48,3

Célibataire

2,1

0,9

1,9

1,1

0,2

1

Statut socio-professionnel du chef de ménage

(0,071)***

(0,093)***

Domestique

15,7

21,2

16,6

17,4

28,8

18,6

Ouvrier

2,3

0

1,9

2,3

1,8

2,2

Indépendant

81,2

78,4

80,7

79,8

69,3

78,7

Salarié

0,9

0,4

0,8

0,5

0,1%

0,5

Seuil de significativité : *** 1‰, **1 %, * 5 % ; (…) V de cramer  

Source : données de l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso, Enquête multisectorielle continue 2014

 

Revue GEF

Editeur : Association ARGEF
Parution : Annuelle
Matricule : ISSN 2571-7936
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